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Chronicart
magazine May 2002
Interview by Florent Mazzoleni.

Dans la salle presse d’un distributeur de disque de Pigalle, rencontre
printanière avec les quatre membres de Mùm, nouvelle sensation islandaise
dont le deuxième album pourrait très bien être la musique d’un conte de
fée.
Chronic'art : Quelle est l’histoire de ce deuxième album?
Mùm : Certaines de ces chansons datent de l’époque où nous avons formé
le groupe, il y a environ trois ans et demi. Nous avons donc mis du temps
à peaufiner cet album.
Pour quelles raisons avez-vous formé Mùm?
Non, on jouait tous de la musique depuis qu'on est jeune et on voulait
plutôt essayer quelque chose de différent de ce qui se fait déjà en Islande.
Les éléments visuels sont très importants. Il faut avoir une imagination
très active. Nous voulons que les gens voyagent avec notre musique.
Votre musique est-elle en relation avec votre environnement ?
Pour les étrangers, le paysage islandais est seulement constitué de volcans
et de glaciers. C’est tout. Petits, on jouait pourtant dans les forêts.
Il existe d’autres choses en Islande que notre musique développe de manière
imaginaire.
Comment avez-vous rencontré les gens de Fat Cat?
Ils sont venus nous voir alors que nous enregistrions notre premier album.
Ils étaient à Reykjavik pour l’enregistrement du disque de Sigur Ros.
On leur a donné une cassette de démos. Ensuite, après la sortie de notre
premier album, on a commencé à les connaître. D’une certaine manière,
nous avons des goûts identiques. C’était donc logique qu’ils publient
nos morceaux. Notre premier album était paru sur un label islandais. Leur
attitude vis-à-vis de la musique reste très saine. Notre premier label
n’avait pas la même attitude.
Vous travaillez à la maison ?
Oui, d’une certaine manière, nous élaborons notre musique d’abord chez
nous, c’est mieux. Ensuite, nous allons en studio. On essaye de combiner
les enregistrements lo-fi avec la technologie du studio.
Comment expliquer cette prolixité de groupes islandais?
Les Islandais ont confiance en eux et en ce qu’ils font. Ils travaillent
dur également, c’est que nous faisons. Il existe beaucoup de créativité en Islande.
Comment est perçue votre musique en Islande?
Il n’existe pas de public important pour la musique électronique. Nos
disques ne passent pas à la radio. Mais la Radio Nationale utilise notre
musique pour illustrer des feuilletons radiophoniques. L’autre jour, je
regardais la télévision et il y avait ce documentaire sur les moines bouddhistes
anglais qui vivent en Islande depuis trois ans. Notre musique illustrait
ce documentaire. On reçoit aussi des offres pour collaborer avec d’autres
artistes.
Ce disque est intemporel. Il aurait pu être fait, il y a dix ans ou
dans dix ans. Comment atteignez-vous cela ?
Nous concilions différents projets. Ils paraissent sous des formes différentes.
Comme ce que nous avons publié sur Morr Music. On en veut pas se cantonner
à un certain type de musique car ça nous restreindrait.
D’où provient la sensibilité pop que l’on entend notamment sur Green
grass of tunnel ?Est-elle innée ou l’avez-vous cultivée à l’écoute de
certaines sucreries sixties ?
Pour nous, ça semble naturel. Mais bien entendu, nous avons écouté toute
cette musique pop classique. Je pense que nous travaillons peut-être avec
quelque chose de vieux que nous jouons différemment, avec une certaine
fraîcheur et candeur. Les éléments en eux-mêmes ne sont pas nouveaux mais
confrontés à notre vision, ils le deviennent en quelque sorte. Ca a peut-être
à voir avec la manière dont nous appréhendons la musique. Je n’aime pas
dire que je n’aime pas le hip-hop ou la pop. On peut toujours y trouver
de bonnes choses. Il ne faut pas avoir de préjugés musicaux, il ne faut
pas catégoriser les genres.
Comment expliquez-vous cette créativité liée à l’Islande ou à la Scandinavie
?
D’une certaine manière, les hivers sont plus longs, nous ne sommes pas
dehors tout le temps, nous manquons de soleil… Je ne pense pas que cela
ait affecté Mùm mais en Scandinavie, l’expression artistique est fortement
encouragée par le gouvernement. Au Danemark notamment. En Islande, ce
n’est pas la même chose. Ils essaient maintenant d’encourager la création.
Mais les artistes islandais ne doivent rien au gouvernement. Ils sont
indépendants.
Comment vos parents ou les générations aînés perçoivent-ils votre musique
?
Ils nous encouragent et il me semble que c’est grâce à Björk et Sigur
Ros que la musique est devenue plus facile et plus simple à accepter,
même si parfois notre musique est peu orthodoxe. Ils comprennent que des
étrangers puissent l’apprécier. On est confiants et les Islandais ont
aujourd’hui intégré le fait que l’on puisse vivre de sa musique. Ils nous
soutiennent.
Avez-vous exploré d’autres territoires musicaux, plus rock ?
Avant Mùm, on formait un groupe plus dur. On faisait parfois de la musique
qui ne ressemble pas à celle de Mùm. On a ainsi expérimenté le hip-hop
et d’autres genres… C’est chouette de s’exprimer musicalement. Il est
bon d’essayer de s’exprimer de différentes manières.
"mùm" a-t-il une signification particulière?
Non, c’était juste une de nos chansons à l’origine. On a ensuite découvert
que ça avait une signification particulière en anglais. Le ‘ù’ du milieu
est une lettre islandaise assez douce, un peu comme notre musique.
Vous sentez vous proches de certains artistes en particulier?
Oui, des artistes de Morr Music et d’autres artistes islandais. Surtout
du collectif Kitchen Motors. Ils ont plusieurs groupes et organisent des
festivals un peu partout. C’est ainsi que l’on a rencontré notre batteur
finlandais. On vient aussi de rencontrer un poète islandais et sa femme
et il se peut que nous mettions en musique sa poésie…
Avez-vous reçu des récompenses en Islande ?
Oui, celle de meilleur nouveau groupe. C’était marrant d’être reconnu
par nos pairs.
Se passe-t-il des choses intéressantes en dehors de Reykjavik ?
Il existe des personnes impliquées un peu partout. Il y a ce type que
l’on connaît qui habite dans un tout petit village isolé qui a son propre
label. Il presse seulement 25 copies de chaque disque : 2 pour la promo
et 23 pour la vente. Il vient à Reykjavik tous les deux mois et dépose
les disques dans les magasins de disque. Il vit dans une vallée reculée
où le soleil ne vient pratiquement jamais en hiver. Nous avons joué une
fois là-bas, c’est très étrange.
En Islande, vous avez encore des bases américaines de l’OTAN. Votre
génération l’accepte t-elle?
Relativement. Il y a eu beaucoup de manifestations par le passé. Mais
maintenant, c'est accepté. En ce qui nous concerne, on trouve ridicule
le fait d’avoir une armée en Islande. Nous devrions être fier sans armée.
Il y a cette organisation assez active qui veut que ces bases soient démantelées.
Nos amis y participent. Nous les soutenons. Il y a une conférence de l’OTAN
ce mois-ci (mai 2002, ndlr) et nous allons essayer de monter une contre-conférence
avec des gens de notre génération.
Il apparaît toutefois que la situation socio-économique est très bonne…
N'est-ce pas?
Oui, la pauvreté n’existe quasiment pas. Mais cependant, au regard du
niveau de vie et de la richesse de notre pays, on devrait même faire plus
pour l’éradiquer totalement. C’est difficile. Certaines personnes n’ont
évidemment pas leur part de la répartition richesses et des bénéfices
sociaux, contrairement à d’autres pays scandinaves. Notre gouvernement
reste très libéral.
Vous ne prenez pas d’engagement politique avec votre musique?
Non pas vraiment, mais je pense qu’elle dit "peace" ! (rires)

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