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Chronicart
magazine May 2002
Review by Olivier Lamm.

On n'aurait jamais osé placer nos espérances en ce petit groupe islandais,
il y a encore deux ans, quand sortait le mignon tout plein Yesterday was
dramatic, today is ok. Le disque était disponible en Europe grâce aux
efforts du héros indie Glen Johnson, et on avait prêté l'oreille en pensant
à Piano Magic, qui aurait refondu son northern spleen à travers celui
de l'électronique britannique. Mais après plusieurs écoutes, les failles
avaient brisé l'enthousiasme. Trop gentils, trop appliqués, trop naïfs,
les gentils islandais. Il y a quelques mois, les voilà qu'ils réapparaissent
sur Morr Music pour un mini album de remixes, et on se disait que c'en
était définitivement terminé de leur touchante singularité.
Grossière erreur. Le quatuor revient par la grande porte de Fat Cat, avec
ce somptueux Finally we are no one, qui voit leur musique douce-amère
faire un monumental bond en avant, de maturité, de profondeur, et de cohésion
sonore et mélodique. Au premier abord, il n'y a rien de radicalement nouveau
dans les affects mélodiques et soniques de Mùm : mélopées mélancoliques
de synthés analogiques ou de piano invisibles, syncopes de claquements
acoustiques montés en rythmes tournoyants, gargouillis électroniques de
boîtes à musique imaginaires... Tout ça fleure bon le Morr Music. Mais
derrière le bataillon tendance, il y a la très concentrée substance, résolument
personnelle, qui enveloppe chaque note d'une singulière, intense mais
à peine perceptible tristesse, et qui trouve une extension naturelle dans
l'armada acoustique du groupe -mélodica, orgue, accordéon, trompettes,
violoncelle. Et puis les susurrements adorablement asexuées des soeurs
Valtysdottir, qui se confondent tous avec le bric-à-brac technologique
et épaississent immédiatement les propos mélodiques et émotionnels de
ces onze tranches de vie. Parfois même, des notes tombent à côté et risquent
l'étrange, le mini-orchestre s'emballe et se rêve symphonique.
Enfin, il y a les correspondances troubles (The Pastels, His Name is Alive,
le Cure de Seventeen seconds), les clairs-obscurs tour à tour régressifs
(Don't be afraid, you have just got your eyes closed), franchement dépressifs
(Now there's that fear again) ou résignés (We have a map of the piano).
Pour toutes ces raisons et un millier d'autres imperceptibles et indescriptibles,
Mùm parle directement au cœur. Et contrairement à nombre de formations
IDM mélodiques, sa tristesse est multiple et abyssale, sorte de mille
feuilles qui prend de nouvelles perspectives et couleurs à chaque écoute.
S'y perdre est un plaisir amer, que, jusqu'ici, seul un groupe comme Piano
Magic arrivait à nous suggérer. C'est dire l'importance que cette petite
formation islandaise acquiert sur la foi d'un disque.
Rating: 4 out of 5

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